Ce dimanche 22 mars, comme de nombreux autres bastions de la gauche traditionnelle, Besançon a basculé à droite. Un coup de tonnerre certes, mais un coup de tonnerre prévisible pour celles et ceux qui ces dernières années et mois sillonnaient les quartiers bisontins. A travers nos rendez-vous citoyens et nos questionnaires populaires, les insoumis·es avaient perçu ce rejet, ce dialogue de sourd entre l’équipe sortante et les habitant·es.
Les causes de ce rejet sont multiples, certaines sont légitimes, d’autres sont le fait des mensonges, caricatures, sur fond de sexisme, et de l’instrumentalisation des peurs et des difficultés de nos concitoyen·nes par un candidat de la droite dure, accompagné de son acolyte macroniste, tous deux prêts à tout pour faire tomber Besançon. Des difficultés qui le plus souvent sont les conséquences directes des politiques menées au niveau national et départemental, au sein des instances électives où justement Messieurs Fagaut et Croizier siègent dans les majorités décisionnaires. Nationalement, la droite et l’extrême droite ont trop souvent réussi à imposer des thèmes de campagne pour lesquels les compétences d’un·e maire sont très limitées comme la sécurité, la lutte contre le narcotrafic…
Les promesses du candidat Fagaut ont donc été nombreuses et les désillusions s’annoncent violentes. On demande souvent à la gauche comme elle compte financer ses mesures de justice sociale et écologique, quand la droite déroule ses mesures dispendieuses et ses projets déconnectés des besoins essentiels des habitant·es, sans jamais que la question leur soit posée de leur financement.
Cette défaite de la gauche traditionnelle, c’est aussi le bilan d’une équipe qui pendant 6 ans n’a pas su construire avec les bisontin·es ses politiques de transformation de la ville. C’est le bilan d’une équipe qui est restée sourde aux alertes et qui a refusé d’entrer suffisamment tôt en campagne, croyant que Besançon, terre de gauche, était acquise. C’est aussi la conséquence d’une incapacité à choisir un cap dans cette campagne et à s’y tenir. C’est là le principal reproche que nous avons à faire à cette équipe et qui a conduit à ce que les insoumis·es choisissent d’entrer en campagne en toute autonomie en octobre 2025.
Sur ce point aussi, la remise en cause ne fut pas au rendez-vous. C’était « la faute du national LFI » … Jamais il ne leur est venu à l’esprit que nous avions conscience des enjeux de cette campagne, du risque de bascule et de la nécessité d’entrer en campagne rapidement sur un projet clair de rupture et d’espoir pour les bisontin·es. La réalité est que les tergiversations, les espoirs nourris par l’équipe sortante de voir un Parti socialiste moribond, compromis nationalement avec le macronisme, en proie à des luttes intestines locales et mené par un candidat pour qui les révélations graves s’étalaient déjà sur la place publique, ont eu raison de la patience des insoumis·es et ont paralysé cette équipe durant de longs mois. Comme je le dis souvent à vouloir parler à tout le monde, sans cohérence, on ne parle à personne.
Nous sommes donc entré·es en campagne en assumant notre orientation politique avec un programme de rupture, en partant des besoins des bisontin·es. De nombreux citoyen·nes nous ont rejoint pour écrire le programme et construire une liste d’union populaire. Je les en remercie comme je remercie les bisontin·es qui nous ont fait confiance.
Je le dis sans triomphalisme aucun mais avec la certitude du devoir accompli, la campagne des insoumis·es a été belle et efficace. Rigoureuse, sérieuse et organisée. Une formidable équipe militante et citoyenne s’est constituée et chacun·e a donné le meilleur de lui/elle-même. Parce que la seule chose qui nous a guidé·es, c’est l’intérêt général. La vraie difficulté pour nous dans cette campagne fut la ligne de crête que nous devions tenir entre les sirènes du vote utile et les signaux d’un vote dégagiste, notamment dans nos quartiers et milieux populaires à l’encontre de la maire sortante. Nous devions d’un côté rassurer celleux qui, à juste titre, craignaient que la ville tombe et donc s’organisaient pour faire pression pour une union, si ce n’est au premier au moins au second. Et de l’autre veiller à ne pas être associé à une équipe sortante désavouée rejointe par un PS compromis.
C’est ce chemin d’équilibre que je me suis astreinte à tenir tout du long de la campagne en toute cohérence et transparence sur les valeurs qui m’animent. Oui je ferai toujours preuve de responsabilité face à la droite et l’extrême droite mais je refuserai toujours de renier mes engagements programmatiques et politiques pris devant les électrices et électeurs. C’est pourquoi la fusion de nos listes fut une fusion technique. Une fusion qui nous garantissait de rester autonomes, indépendants et libres de nos votes, avec comme boussole la défense de notre programme de 1er tour.
Quelques éléments chiffrés des résultats.
- Les insoumis·es doublent leur score entre 2020 et 2026
- LFI continue de progresser dans de nombreux quartiers bisontins à l’image de Battant/Madeleine
- Mais nous n’avons pas réussi à mobiliser suffisamment dans certains quartiers populaires et notamment Planoise. L’explication se trouve dans le non-vote ou le vote dégagiste et de colère qui a pris le pas sur les préférences politiques qui s’expriment habituellement dans les bureaux de vote populaires en faveur de LFI
- Anne Vignot gagne 2 points entre les premiers tours de 2020 et 2026 quand L. Fagaut en gagne 16.5 points.
- La progression de L. Fagaut peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
- Extrême droite (RN + R!) : 8300 en 2024 ; 3000 aux municipales pour le RN = 5000 voix potentielles pour L. Fagaut
- Abstentionnistes des européennes ayant voté à droite au 1er tour de 2026 : environ 3000
- Fourchette de 1000 à 2000 personnes qui ont voté aux européennes, ni pour la droite ou el’xtrême droite, mais qui sont allés voter L. Fagaut
Selon toute vraisemblance, et au regard des résultats sur plusieurs bureaux tests, ces 1000-2000 nouveaux électeurs Fagaut ont voté R. Glucksmann en 2024 : ce score est diffus dans l’ensemble de la ville, mais est ponctuellement plus visible en périphérie (ex : bureaux 405 et 609)
- La liste d’union de la gauche (sans LFI) progresse seulement de 1700 voix entre le 2nd tour de 2020 et le 1er tour de 2026 témoignant d’une absence totale de dynamique
- En 2020, nombre de bureaux de vote périphériques du quart nord-est qui avaient placé Anne Vignot en tête en 2020 passent chez L. Fagaut. Vraisemblablement, le vote Fagaut dans ces bureaux provient, en comparaison avec 2024, principalement de votants RN et PS-PP
- Le total gauche au premier tour est de 17030 voix (4194 LFI et 12836 liste Vignot) et à l’issue de la fusion au second tour 19095 voix. Le report des voix a donc eu lieu et la liste fusionnée a recueilli 2065 voix de plus sur les nouveaux votants (abstentionnistes au 1er tour).
La petite musique de LFI « boulet de la gauche » ne résiste donc pas à l’épreuve des faits.
- La droite et l’extrême droite au 1er tour reunissent 20695 voix (Fagaut 15437, RN 3077, Horizon 2181) et à l’issue du second tour la liste Fagaut recueille 21781 voix. On assiste donc à la fusion des droites et droite extrême qui partout en France témoigne de la recomposition politique à droite. L. Fagaut engrange également 1086 voix de plus sur les nouveaux votants témoignant que des électeur·trices sont sorti·es de l’abstention pour voter Fagaut.
- La remobilisation au second tour a donc profité pour les 2/3 à la gauche et 1/3 à la droite.
Après seulement 10 ans d’existence, la France insoumise continue de s’installer durablement dans le paysage politique bisontin et progresse. Les insultes, caricatures et autres menaces ne nous affaiblissent pas bien au contraire. A ce sujet d’ailleurs, et à titre d’illustration, la formidable réussite de notre meeting du 23 février le démontre.
La défaite de la liste d’union de la gauche est avant tout une défaite de 1er tour, comme dans d’autres villes dirigées par la gauche traditionnelle (Clermont Ferrand ou Brest où les sortants s’effondrent au 1er tour).
Je vous invite à lire la note de blog de Manuel Bompard qui revient en détail sur l’analyse des résultats de cette élection au niveau national : https://manuelbompard.fr/2026/03/percee-insoumise-et-bobards-mediatiques/
Dorénavant, l’heure est à la construction d’un front antifasciste, républicain et solidaire à Besançon. Les insoumis·es vont continuer à être en 1ere ligne, forts·es de notre campagne et de nos résultats.
Ce vendredi 27 mars, les insoumis·es feront donc leur entrée au conseil municipal de Besançon pour la 1ere fois et notre feuille de route est claire. Elle se trouve dans notre programme. Nous continuerons de batailler pour la gratuité de la cantine et des transports, pour le RIC, pour des logements dignes pour tous et toutes, pour le parc naturel des Vaîtes, pour une carte famille monoparentale, pour l’accès au sport et à la culture, facteurs d’émancipation, pour une économie au service des besoins, pour une écologie populaire, pour la sûreté et la tranquillité publique par la présence humaine… Nous serons des élu·es au service des bisontin·es. Car au-delà du cataclysme pour la gauche traditionnelle bisontine, cette élection marque avant tout le début d’un virage dont les premières victimes seront les bisontin·es et notamment les plus fragiles d’entre nous.
Nous serons à leurs côtés et continueront de porter cet horizon d’espoir et de résistance face à cette droite dure et macronisée. Notre méthode s’appuiera également sur l’implication citoyenne, c’est pourquoi nous serons des élu·es qui veilleront à faire vivre la résistance dans et hors du conseil municipal avec toutes celles et ceux, militant·es associatifs, syndicaux, habitant·es qui souhaitent s’engager avec nous dans ce mandat qui s’ouvre.
Vous pouvez compter sur nous. On ne lâchera rien.

Laisser un commentaire