Vous interpellez les candidat·es aux prochaines élections municipales sur leurs intentions, leurs priorités et leurs engagements en matière de politique sociale, de prévention et d’accès aux services et nous vous en remercions. Ces questions sont en effet cruciales après des années de néolibéralisme de plus en plus brutal.
Besançon n’est évidemment pas épargnée : 23% des ménages y vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire moins de 1200 euros par mois. Dans certains quartiers, ces taux sont au-delà des 50%. Au sein de GBM, Besançon concentre à elle seule 83 % de la population à bas revenus au sens de la Caf (60% du revenu médian). Ainsi, satisfaire correctement ses besoins de base : logement, nourriture, soins est devenu, pour beaucoup de personnes, difficile voire parfois impossible.
C’est pourquoi permettre à chacun·e de satisfaire ses besoins de base est l’un des 4 piliers qui structurent notre programme et sont autant d’orientations politiques fortes :
- Revitaliser la démocratie
- Permettre à chacun.e de satisfaire ses besoins fondamentaux
- Engager la transition socio-écologique
- Défendre les droits humains et la paix.
Ce programme comporte au total 30 engagements et 200 mesures. Vous trouverez ci-après celles qui répondent le plus directement aux problématiques que vous soulevez.
Cependant notre programme est un tout faisant système, et nous vous suggérons de le consulter sur notre site Fairemieuxbesancon.fr. Vous y trouverez également un simulateur de programme.
Boutique Jeanne Antide
J’ai écrit, au moment de la remise en cause de la localisation de la boutique Jeanne Antide par certains candidats, un communiqué de presse affirmant que la pauvreté ne se déplace pas, elle se combat. La preuve en est d’ailleurs que la politique de démolition de logements sociaux conduite ces dernières décennies à Besançon aux fins d’y réduire le nombre de pauvres n’a réussi qu’à mettre plus de personnes à la rue.
J’affirmais dans ce communiqué qu’il est indispensable de :
- Continuer à soutenir ces structures d’accompagnement
- Lutter contre la précarité et ses conséquences
- Garantir le droit à la sûreté et à la tranquillité publique et donc d’être à l’écoute des habitant·es de nos quartiers qui, il est vrai, se sentent parfois très seul·es face aux désagréments que certaines situations peuvent générer
- Soutenir les initiatives citoyennes qui font vivre le quartier.
Notre programme prévoit de fait un soutien renforcé de toutes les associations qui œuvrent pour l’accompagnement des personnes en itinérance.
Concernant la lutte contre la précarité, les engagements du pilier 2 constituent un plan complet, qui vise à permettre à chacun·e de se loger dignement, se nourrir sainement, se soigner, s’instruire, étudier, faire du sport…
Par ailleurs, nous voulons mettre en place des médiateurs et des éducateurs de rue, à Battant comme dans tous les quartiers de la politique de la ville.
Nous créerons également des haltes soins-addiction, pour la sécurité des personnes victimes d’addiction et pour éviter les consommations sur la voie publique.
Enfin, nous suivrons et soutiendrons le travail engagé avec les habitant·es de Battant par l’université Marie et Louis Pasteur et le tiers lieu « le 97 », qui nous paraît être une démarche intéressante pour appréhender finement les difficultés du quartier et déterminer avec les habitant·es les actions et aménagements qui pourraient améliorer la vie du quartier.
Nous devons favoriser tous les dispositifs qui participent de la nécessité de créer un vivre ensemble et une communication entre les habitant·es, les commerçant·es, les professionnel·les de l’accompagnement social et les personnes en situation d’itinérance qui au file de la journée se rendent d’un lieu à l’autre afin de subvenir à leurs besoins les plus essentiels.
Politique publique en faveur des jeunes
Les baisses de financement des services de prévention spécialisée au niveau du Département, les coupes drastiques à venir sur les moyens des missions locales et des services de prévention spécialisée dans des quartiers comme Battant ou Clairs-Soleils sont des coups très durs portés à l’accompagnement des jeunes.
Au-delà de la mise en place de médiateurs et d’éducateurs de rue dans les quartiers de la politique de la ville pour tenter de pallier ces reculs, nous souhaitons conduire en direction des jeunes une politique basée sur la confiance.
En effet, les jeunes se voient massivement mis en marge de la société néolibérale, alors qu’ils sont l’avenir de notre société. Faire confiance à la jeunesse n’est pas seulement un devoir moral, c’est la clé pour préparer l’avenir. Nous devons permettre aux jeunes bisontin·es de participer pleinement à la vie démocratique de la ville, et leur donner les moyens d’accéder à l’autonomie. C’est pourquoi ils/elles pourront dès 16 ans participer aux votations citoyennes, et nous prévoyons d’expérimenter l’ouverture des maisons du peuple en soirée à leur intention.
Nous les aiderons à accéder au logement avec des mesures pour faciliter la co-location (bail type, conseils, sensibilisation des propriétaires…) ainsi que la cohabitation intergénérationnelle avec création d’un service de mise en relation entre les jeunes à la recherche d’un logement et des seniors acceptant de partager leur logement devenu trop grand.
Enfin et parce que chaque jeune doit pouvoir étudier sans avoir à travailler, ou encore disposer du temps nécessaire pour construire son projet professionnel, nous expérimenterons un revenu municipal garanti pour les moins de 26 ans via le CCAS. Ce dispositif a déjà été expérimenté avec succès dans des villes comme Grande-Synthe et Besançon, ville où le RMI a vu le jour, peut renouer avec son passé d’innovations sociales.
Enfin, une attention particulière doit être portée aux jeunes qui après être passés par l’ASE se retrouvent souvent bien seuls, une fois leur majorité atteinte. Il faut rappeler que les anciens enfants placés sont surreprésentés parmi les personnes sans abri, puisque c’est un SDF né en France sur quatre, alors même qu’ils représentent 2 à 3% de la population générale.
Devenir du CCAS
Le CCAS est le principal outil de la politique sociale d’une ville. Il est à Besançon reconnu pour la compétence et l’implication de ses personnels. Il est effectivement confronté à une charge toujours croissante. Notre programme, qui comporte un très grand nombre de mesures visant à lutter contre la précarité, engendrera de nouvelles missions, et une charge encore plus grande, nous en avons conscience. Les moyens humains et financiers devront être ajustés en conséquence.
Accès au logement
Nous sommes effectivement favorables à la réquisition des logements vides pour permettre d’offrir un toit à toutes celles et à tous ceux qui en ont besoin.
Ceci posé, notre engagement de permettre à chacun de se loger dignement comporte tout un ensemble de mesures qui visent à :
- Ce que plus personne ne soit à la rue
- Aller vers un tiers de logements conventionnés à Besançon, avec un objectif de création de 300 logements conventionnés de plus que ce que prévoit le PLH sur le mandat
- Lutter contre le logement indigne, avec une extension du permis de louer et la création d’une brigade du logement en charge de constater les situations d’insalubrité et d’intervenir auprès des propriétaires.
Pour le premier objectif, dont nous mesurons la grande difficulté mais qui nous oblige, nous prévoyons cinq ensembles de mesures :
- Éviter les expulsions
Nous nous opposerons à toute expulsion sans relogement digne.
Nous veillerons à ce que le dispositif de prévention des expulsions soit pleinement mobilisé.
Pour les ménages en très grande difficulté, un système de sous-location sous forme de bail glissant avec maintien dans le logement sera mis en place.
Un numéro d’appel dédié sera mis en place pour une large information des locataires.
- Soutenir l’hébergement d’urgence et les associations qui aident les personnes sans abri
Nous aiderons les associations qui viennent en aide aux personnes sans-abri ou en grande précarité de plusieurs façons :
- Soutien financier renforcé pour les acteurs de terrain qui assurent les maraudes, les repas, l’accueil de nuit.
- Mise à disposition de locaux municipaux ou bâtiments publics pendant les vagues de froid ou de canicule.
- Soutien à la création d’un réseau de bureaux solidaires pour que des professionnels prêtent leurs bureaux vides ou le temps de la nuit
- Réquisition de logements vacants
- Remise en service des bains-douches
- Développer tous les dispositifs destinés à permettre l’accès au logement des personnes en grande difficulté
Nous amplifierons le programme « Un chez soi d’abord » basé sur l’idée simple que chacun·e doit d’abord avoir un toit stable avant de pouvoir se reconstruire. Nous doublerons le nombre de logements accessibles dans ce cadre, en travaillant avec les bailleurs sociaux et les associations d’insertion par le logement.
Nous renforcerons les dispositifs d’intermédiation locative, c’est-à-dire les associations qui louent des logements pour les mettre à disposition de personnes en difficulté avec un accompagnement social.
Nous soutiendrons la création à Besançon d’associations qui, par exemple, ont pour objet de réunir des personnes qui se cotisent pour financer un logement pour un ménage sans ressources.
- Créer de nouvelles pensions de familles et maisons-relais
Les pensions de famille ou maisons-relais sont des ensembles composés d’une vingtaine de studios et de pièces de vie communes, animées par des hôtes·ses. Ce dispositif a largement fait ses preuves pour loger des personnes fragilisées, le temps de se reconstruire ou si nécessaire de façon pérenne. Il s’est bien développé à Besançon (4 structures comptant 63 places au total), mais les besoins restent grands.
Nous définirons avec les associations d’insertion par le logement les projets de maisons-relais à porter dans la prochaine mandature pour compléter l’offre existante. Nous aiderons à trouver le foncier nécessaire, et complèterons si besoin le financement du fonctionnement (notamment en ce qui concerne les interventions d’infirmier·es psychiatriques dans les pensions de famille dont le projet social le nécessite).
L’objectif est d’engager la construction de 3 nouvelles pensions de famille sur le mandat.
- Faciliter l’accès au parc social
Cela se fera par la transparence dans les attributions avec la création d’une commission municipale. La priorité sera donnée aux familles les plus fragiles et aux personnes hébergées temporairement.
Domiciliation au SAAS
La domiciliation de toute personne sans domicile fixe au SAAS, quelle que soit sa situation, est une obligation qui doit être respectée sans la moindre exception. Cela fait partie notamment de notre engagement d’accueillir dignement les exilé·es (pilier 4).
Cet engagement comporte d’autres mesures importantes :
- Continuer à être commune volontaire pour l’accueil de migrant·es et mettre à disposition des associations des bâtiments pour accueillir des hébergements d’urgence pour migrant·es.
- Lutter fermement contre la discrimination institutionnalisée des personnes étrangères dans le Doubs, qui leur rend quasi inaccessible l’accès à un abri : nous ferons pression pour que disparaisse l’instance de régulation du 115, outil illégal de ségrégation qui prive les étranger.es (isolé.es ou en famille) de l’accès à l’hébergement d’urgence.
- Veiller à ce que les mineur.es non accompagné·es, dont la minorité n’est pas reconnue par le Département, disposent de places d’hébergement adaptées et en nombre suffisant, de nuit comme de jour, et bénéficient des dispositifs de veille et d’accompagnement existants, dont ils sont aujourd’hui écartés ; nous créerons en outre un dispositif spécifique d’accès aux droits, doté des moyens juridiques et financiers nécessaires ; enfin, nous dénoncerons toute irrégularité dans les procédures d’évaluation de la minorité conduites par le Département du Doubs.
- Mettre en place une carte d’identité municipale, qui permettra de prouver sa domiciliation, d’accéder aux services municipaux mais aussi de développer les parrainages républicains de personnes sans papiers.
- Conduire un plan de formation et de sensibilisation des agent·es municipaux aux grands enjeux de la migration.
Protection de l’enfance
La protection de l’enfance est là encore un devoir moral, et également un levier de prévention essentiel.
La commune a un rôle à jouer. Nous prévoyons de former les animateur·trices périscolaires, les ATSEM et le personnel de cantine à la détection du mal-être des enfants et aux solutions ou alertes à mettre en place. L’encadrement du personnel scolaire sera également sensibilisé à cet objectif et formé.
Cela suppose aussi que le personnel soit correctement rémunéré, que les temps partiels subis soient évités, et que l’organisation du travail ne soit pas dissuasive pour les employé·es. Une plus grande stabilité du personnel, notamment des animateur·trices périscolaires, doit être recherchée pour une meilleure professionnalisation. Et ils/elles doivent notamment être formés à l’écoute, à la prévention des violences physiques et sexuelles, à l’hygiène et à la santé des enfants, ainsi bien entendu qu’à l’aide aux devoirs.
Par ailleurs nous voulons faciliter l’accueil des enfants souffrant de handicap dans les crèches et les écoles publiques, par l’adaptation des bâtiments, la formation du personnel et l’achat de matériel adapté.
Enfin nous prévoyons de mettre en place des permanences de psychologues dans les maisons du Peuple et de l’autonomie que nous voulons ouvrir dans chaque quartier.
Santé mentale
Si Besançon n’est pas un désert médical, les délais pour se faire soigner s’allongent chaque année un peu plus. En matière de santé mentale la situation est particulièrement catastrophique, avec des délais d’attente d’un an en Centre Médico-Psychologique, alors que la rapidité de prise en charge est un facteur essentiel, surtout pour les enfants, les adolescent·es et jeunes adultes.
Nous construirons donc un centre public de santé pluridisciplinaire, en lien avec l’ARS et les professionnel·les de santé, après un diagnostic plus précis des besoins à pourvoir et de la localisation la plus judicieuse au regard des besoins et de l’offre existante. Il comportera une antenne de santé mentale.
Il sera fondé sur le salariat des médecins, sans dépassement d’honoraires et à tiers payant intégral, afin de garantir un accès aux soins de proximité.
Cela ne saurait évidemment pas compenser l’insuffisance de lits d’hospitalisation en psychiatrie sur le secteur de Besançon, encore aggravée en 2025 la fermeture de 20 lits.
Nous envisageons donc que l’une des maisons-relais qui sera créée soit destinée aux personnes souffrant de troubles psychiques, afin de permettre aux personnes hospitalisées de pouvoir sortir dès que possible. Il existe déjà une maison de ce type, qui avait été créée avec l’association Présence, dont les infirmiers psychiatriques assuraient gratuitement les interventions éventuellement nécessaires. Cette association n’existant plus, il sera nécessaire que la ville finance une permanence d’infirmiers psychiatriques.
Telles sont nos orientations politiques sur les sujets que vous avez soulevés. La mise en œuvre effective doit à nos yeux être co-construite avec les associations et le personnel concernés. Les mesures envisagées sont donc appelées à être complétées et ajustées.
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